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21.03.2007

Il n'est pas minuit...

medium_Ruban_1.jpgHeureusement, les jours se suivent et ne... etc...
En attendant Loïs, je vous livre quelques extraits d'un - petit - discours prononcé vendredi dernier.


[…] Devenir médecin, pourquoi ce choix alors que j’ignorais tout de la médecine, des médecins et de leur art ?
Ma vocation fut livresque. Roger Martin du Gard et André Soubiran bien sûr ! mais surtout un livre de Maxence Van der Meersch, lu et relu : Corps et Ames.
A la même époque je découvrais au ciné-club un film d’André Haguet, qui me conforta dans mon choix, Il est minuit Dr Schweitzer.
La médecine avait alors pour moi le visage de Pierre Fresnay à Lambaréné.
Mais nous sommes à Clermont-Ferrand. De mémoire d’Auvergnats il n’y a jamais eu de crocodiles dans la Tiretaine et je ne suis jamais allé au Gabon. Après de nombreux détours, mon parcours m’a amené en Auvergne, sans passer par les rives de l’Ogooué.
C’est pourquoi, ce soir, j’aimerais vous parler de cette trajectoire et de quelques rencontres que le destin mît sur mon chemin.
[…]
Mes années de fac furent parfois ennuyeuses. J’ai eu trop souvent l’impression d’être loin des malades et de la médecine, mais j’étais incollable sur le cycle de Krebs et je peux affirmer aujourd’hui que cela ne m’a jamais servi à rien.
Heureusement, il y eut les années d’internat. J’oubliais la biochimie et j’appris enfin mon métier. J’appris mon métier auprès du Professeur D. patron craint et respecté du service de médecine. Je fus son interne pendant deux ans. Malade après malade, il m’inculqua la rigueur de la démarche diagnostique et fit de moi un clinicien.
Mais le destin veillait.
Le destin avait la carrure d’un troisième ligne du Stade montois et le crâne rasé. Le Docteur G. était médecin de campagne et j’allais découvrir auprès de lui une autre médecine, plus difficile, plus âpre, plus exigeante où il fallait tout faire soi-même avec peu, tout le plateau technique tenant dans la trousse de secours.
Il m’apprit à dépasser la froide démarche diagnostique, qu’il maîtrisait à la perfection, pour percevoir la souffrance invisible et non dite. Il savait écouter, rassurer l’anxieux, soulager la douleur, accompagner le mourant. Sortant de l’internat, j’étais plein de certitudes, il m’apprit à douter.
En quelques mois, il m’éleva à un autre niveau, de clinicien je devins praticien.
Sa disparition brutale, trop précoce, fit basculer mon destin. Je devins médecin de campagne et pendant quinze ans j’ai exercé pleinement ce métier, avec passion.
[…]
Radioamateur ? Cela mérite quelques mots d’explication, sans aucune référence technique, je vous rassure.
J’avais douze ou treize ans quand mon oncle Charles m’initia aux ondes courtes et au langage morse. Il fit de moi un radioamateur et ce fut le début d’une grande passion qui ne m’a jamais quitté.
Les radioamateurs constituent une immense communauté sur l’ensemble de la planète. Une communauté qui ignore les frontières, les idéologies, les religions, les différences et dont les liens invisibles sont les ondes radio.
C’est un monde parallèle qui s’est construit sur des valeurs fondamentales : fraternité, solidarité, bénévolat.
C’est un monde discret dont on ne parle que lors des catastrophes, lorsque les lignes téléphoniques sont rompues, les relais hertziens détruits, les paraboles renversées, et la parole perdue… alors les radioamateurs se mobilisent et la parole circule.
Le réalisateur Christian Jacque a su révéler l’esprit qui les anime dans son film, Si tous les gars du monde.
Les radioamateurs sont là parmi nous ce soir. Merci chers OM’s.
[…]
Il n’est pas minuit, je ne suis pas le docteur Schweitzer, mais il est temps de conclure, avec l'aide de Saint-Exupéry :
"Etre homme c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde".
J’ai voulu être responsable, mais ai-je bien posé ma pierre ?
Nous allons pouvoir en parler autour d’une coupe de champagne en célébrant notre amitié.