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25.02.2007
Loïs, les dessous d'une carte. XIème épisode
Huntington beach
Toujours face à la jetée
15 janvier 1949
Il va faire nuit
- C’est vous Loïs ?
Elle leva la tête. La serveuse s’était approchée de leur table.
- On vous demande au téléphone.
Don soupira, il n’y arriverait jamais ! Il la regarda s’éloigner. Que cette robe est moche et pourtant, quelle silhouette !
Loïs prît le combiné et reconnût la voix rauque de Maxine.
- Tout va bien ? Pas de problèmes ?
Loïs rît.
- Mais oui Maxine, rassure-toi. Je ne cours aucun danger, mais je crois que Don a encore des choses à me dire.
- Bon, tu m’appelles pour que je vienne te chercher. A tout à l’heure.
Elle demanda un pot de café et revint s’asseoir.
- Je t’écoute. Je ne bouge plus.
Don prit une longue inspiration, se lança. Il déroula toute son histoire, son stage de radionavigant sur bombardier, son affectation au 17th Bomb Group en Algérie, le départ pour l’Afrique du Nord, le débarquement en Provence, les raids de bombardement, la flak [*], les obus de 37mm qui explosent vous mettent les nerfs à vif. Et cette peur au ventre, permanente, épuisante qui ne disparut qu’à la fin de la guerre. Il raconta sa vie paisible à Marignane, les vols d’entraînements, de vraies vacances, l’accident, son réveil à l’hôpital, la découverte terrible de sa mutilation, les dernières complications, la prothèse qu’il fallait refaire…
- Voilà tu sais tout.
Don ne tripotait plus sa montre. Il guettait la réaction de Loïs qui l’avait écouté jusque là sans broncher.
Elle faillit lui dire c’est tout ? Se mordit la langue in extremis, lui sourit, posa sa main sur la sienne.
- C’est dramatique ton histoire. J’avais quand même remarqué que tu ne bougeais pas ton bras gauche. Je me demandais s’il s’agissait d’une paralysie de tout le membre supérieur. Cela aurait été une catastrophe.
Don n’en croyait pas ses oreilles. Elle parlait de tout cela tranquillement. C’est tout juste si elle ne minimisait pas son handicap.
- Est-ce que la prothèse te permettra de saisir des objets, de tourner une poignée… ?
- Mais oui. Avec la première, qui était pourtant mal adaptée, j’arrivais à me débrouiller.
- Avant l’accident, pour la télégraphie, tu manipulais avec quelle main ?
- La droite.
- C’est parfait. Lors de notre prochain contact radio, nous ferons un peu de morse.
Don se sentait léger. Cela faisait des semaines qu’il vivait très mal à l’idée de lui révéler son amputation. Il avait redouté un mouvement de recul, une réaction de rejet et voila qu’elle se préoccupait de savoir s’il pouvait faire de la télégraphie.
- Parce que toi, tu trafiques en télégraphie ?
Loïs réagit immédiatement.
- Pourquoi, tu crois que c’est un sport réservé aux hommes peut-être ? Non seulement je pratique mais j’ai été admise au A-1 Op. Club [**] il y a près de cinq ans.
- Au A-1Op. Club ?
- Oui et j’ai vérifié, tu n’en fait pas partie !
- Comment en es-tu arrivée là ?
- Par la pratique. Pendant des mois j’ai travaillé avec Loretta [3], tu en as entendu parlé quand même. Je te signale que je lis au son à 30 mots minute, sans faute.
Don était ahuri, rassuré mais ahuri.
- Bravo, je suis impressionné, réellement.
Il y eut un silence.
- Me pardonnes-tu mon silence ?
- Il n’y a rien à pardonner. Je comprends ta souffrance et ton attitude.
Elle fit une pause.
- Il faut que j’appelle Maxine. Tu as vu l’heure ?
Depuis un bon moment, ils étaient les seuls clients. La serveuse les regardait.
Il faisait nuit. La lune apparut derrière la jetée.
Loïs remit son trench. Don l’attira contre lui, trouva ses lèvres. Elle répondit à son baiser avec une violence qui le surprit.
La serveuse hocha la tête. Ils avaient mis le temps.
Don regarda Loïs :
- Tu pars demain ?
To be continued…
[1] Flak : Défense anti-aérienne allemande.
[2] A-1 Operator Club : Club américain prestigieux qui regroupe les meilleurs opérateurs télégraphie radioamateurs
[3] Loretta Ensor assura depuis sa station au Kansas, de 1929 à 1945, la formation au trafic radio en télégraphie de plusieurs centaines de radio-amateurs en particulier de très nombreuses YL.
Copyright & copy - Bernard B. © 2007

Marshall, Ina et Loretta :

22:25 Publié dans Loïs, les dessous... | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Commentaires
je suis la preum's !! ?? !!! yes ! :d
Ecrit par : Cil'Honorine | 25.02.2007
J'adore "que cette robe est moche mais quelle silhouette" .. "Don ne tripotait plus sa montre".."ils avaient mis le temps" !!!
Y a encore combien de chapitres ?
Ecrit par : Cil'Honorine | 25.02.2007
Bon ça fonctionne bien entre eux, mais je ne suis pas plus sereine quant à l'avenir pour autant.
Ecrit par : mab | 26.02.2007
mais voilà qui est bien leurs craintes réciproques étaient vaines!
Ecrit par : mae | 26.02.2007
Je suis plutot d'accord avec la serveuse.
Ecrit par : Nathalie K. | 26.02.2007
in a hurry now, be back very soon...won't miss it. Hug !
Ecrit par : bérangère | 27.02.2007
Loretta d'accord mais n'était-elle pas aidée de Marshall ??? Sinon le baiser...on l'attendait. Petite question pourquoi mets-tu un accent circonflexe sur "Loïs rît " ? ;-)
Ecrit par : bérangère | 27.02.2007
je le savais bien qu'elle était intelligente..et elle l'est...mais tu nous laisses encore sur notre faim là...
Ecrit par : lacigale | 27.02.2007
°Cile : merci d'être la preum ! Combien de chapitres ? Qu'en penses-tu ? ,-)
°°Mab : je suis d'un naturel optimiste, mais on ne sait jamais...
°°°Mae : d'accord avec toi !
°°°°Nathalie K : j'ai censuré ce que pensait la serveuse !
°°°°°Bérangère : be back very soon... peut-être, peut-être... Ahhh, tu connais le frère de Loretta et la "radioschool" qu'ils animaient ensemble... mais c'est Loretta qui prenait en charge les YL's (Ina était jalouse et surveillait Marshall!)
Le baiser... une faiblesse de l'auteur pour répondre à une demande (forte) des lectrices.
L'accent.... c'est tellement plus joli ,-)
°°°°°°Cigale : faisons durer le plaisir...
Ecrit par : bernie | 27.02.2007
allo papa tango charlie ?
Ecrit par : bérangère | 08.03.2007
la suite bientôt ?
Ecrit par : cile | 09.03.2007
Au lieu de lire chez Nathalie tu ferais mieux de nous mettre la suite.
Ecrit par : mab | 10.03.2007

